Comité de Soutien à
Bruno Joushomme (CSBJ)

Ca suffit

Avec l'affaire d'Outreau qui succède à d'autres .... maintenant tout le monde sait que les méthode des gardes à vue et des instructions à charge peuvent gravement déraper quand il faut un (des) coupables(s)

Ce contexte permet de mieux comprendre ce que crie Bruno Joushomme, l’innocent gênant, depuis près de 21 ans, accusé à tort d’avoir tué son épouse dans un accident de voiture. Il déclare :

« je suis une banale victime d’un détournement d’héritage orchestré par la famille de celle qui a voulu la déshériter en m’ épousant et surtout en consacrant toute son énergie et ses biens à un projet de foyer d’enfants en péril, à l’époque de la grande famine en Ethiopie. (1984 on était porté par un grandiose élan humanitaire pour sauver un peuple moribond. Avec Evelyne, nous voulions agir, à notre manière.)

La garde à vue que j’ai subie a bel et bien été tristement comparable à celles que les « acquittés d’Outreau », et bien d’autres, ont décrites.

Ma garde à vue n’a été que la fabrication du coupable nécessaire, à grands coups de baffes, d’humiliations, de menaces et surtout de chantages.

L’inspecteur de police Laithier m’a carrément dit qu’il détenait la preuve de ma « culpabilité » en me brandissant un rapport d’expertise sciemment tronqué, montrant la marque d’un étranglement …. qui était en réalité, la trace faite par le premier médecin légiste, pour les besoins de l’autopsie ! Savait-il qu'il avait en main une supercherie ?

Je savais parfaitement que je n'avais pas étranglé Evelyne pas plus que je ne l'avais tuée ! J'ai compris alors qu'il s'agissait d'une machination.

Ce policier a franchi « la ligne blanche » sans aucun scrupule. « La fin justifie les moyens »…

Les policiers m’ont fait comprendre que je n’étais plus un homme mais un condamné en devenir… !

Le pire c’est que je percevais qu’ils se sentaient sûrs de leur « bon droit » ! Comme si ce qu’ils me faisaient subir était légitime !

Ils ont commencé par m’attacher au radiateur puis à une chaise, me traitant de petite salope, de « crevure » … et surtout usant du chantage : « de toute façons, tu vas plonger. Mais, si tu n’avoues pas, on va charger ta mère et elle tombera pour complicité. Elle va en prendre pour sept ans au moins si tu continues à nier ! »

L’inspecteur Laithier a été vexé par son échec à me faire avouer ce que je n’avais pas fait.

Ses méthodes me stupéfiaient … et quand je me suis permis de lui dire qu’il outrepassait ses droits, il m’a dit « tu parles de droits ? on va te la faire payer, ton arrogance ! » et il a ajouté « on va te tailler un costume ! »

D’autres policiers se sont alors éloignés de moi puis ils m’ont annoncé qu’ils se chargeraient de faire le portrait de l’homme odieux quand ils feraient leur rapport et quand ils parleraient de moi.

Et ils l’ont fait ! j’ai même pu lire dans un journal comment l’inspecteur m’a décrit «il était vautré dans un fauteuil. Il me racontait des sornettes avec le plus grand aplomb ».

Les acquittés d’Outreau savent, eux, qu’on n’a pas l’occasion de se vautrer dans un fauteuil pendant la garde à vue !!

On voit que pour eux, la vérité n’est que « sornette » !! Ce n’est pas ce qu’ils recherchent. 20 ans après, je reste marqué par ce cauchemar qui ne finira jamais.

Déshabillé, sans avoir dormi ni mangé ni bu, giflé, humilié, je leur disais la vérité.

Mais la vérité, ni l’inspecteur Laithier ni ses confrères, tous solidaires, n’ont voulu l’entendre. Seul comptait l’aveu ! aucune place pour la vérité pourtant si facile à vérifier mais ce n’était pas celle qui convenait à ma belle-famille. Déshéritée par ma femme, elle avait d’un besoin que je devienne un « assassin » pour récupérer son héritage.

Je pensais alors naïvement que le juge d'instruction rétablirait la justice ...

Je suis passé par tout ce que les innocents d’Outreau ont vécu, depuis la garde à vue jusqu’à la condamnation … à perpétuité ! en passant par les dysfonctionnements de l’instruction, les expertises conformes à ce qu’attendait l’accusation, l’éclatement de ma famille, la perte de mon enfant, la prison où je purge une peine qui n’est pas la mienne …

Combien d’Outreau, de Dils, d’Omar Raddad, de Seznec… faudra-t-il encore pour que cela change ?

Le dégâts des « erreurs » (fautes) judiciaires sont catastrophiques, l’actualité le montre encore avec les acquittés d’Outreau.

L’incapacité de la justice à traiter mon l’affaire a détruit ma cellule familiale.

Je crains pour mon fils (11 ans aujourd’hui).

Quelle image sa mère a-t-elle donné de moi ?

Comment pourra–t-il réagir quand il apprendra que sa mère lui a menti et l’a amputé de l’amour de son père pendant toute son enfance ? »

Ce message a été recueilli par le Comité de soutien à Bruno Joushomme. Janvier 2006


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  • Dates importantes
    • Septembre 1984

      Bruno Joushomme rentre du Liban,iIl est invité chez à passer quelques jours chez Evelyne Laborde, une cousine de sa mère. Tous les deux personnages atypiques, en marge de leur famille, ouverts sur l’action humanitaire, décident d'ouvrir dans la maison d'Evelyne, le Fortin, un centre d'accueil pour enfants éthiopiens en danger

    • Décembre 1984

      Décembre 1984, ils se marient pour faciliter les démarches administratives liées au projet.

    • Janvier 1985

      Evelyne et Bruno signent une donation au dernier survivant, Evelyne écarte ainsi sa famille de son héritage, ce qu'elle voulait depuis longtemps, comme on a retrouvé dans ses écrits.

    • 28 février 1985 : le drame

      L'accident, Evelyne meurt carbonisée dans un accident de voiture

    • 3 mars 1985

      Bruno sort de l'hôpital et se rend à l'appartement où il vivait avec Evlyne. Surprise : la famille d'Evelyne est installée pour le déjeuner dominical. Ils préparent la succession mais coup de théâtre, ils apprennent par Bruno qu'elle et lui ont signé une donation qui les écarte de l'héritage.

    • 6 mars 1985

      La famille d'Evelyne porte plainte contre Bruno Joushomme pour "assassinat" - seul acte pouvant annuler une donation.

    • Septembre 1985

      Bruno, sa compagne, sa mère, son frère sont placés en garde à vue. Il sera incarcéré pendant 14 mois.

    • Novembre 1986 - 1991

      Bruno sort de préventive en novembre 1986, il ne sera plus interrogé par les juges d'instruction successifs avant 1991, soit 4 ans. Il s'inscrit à la fac de Nanterre et rencontre celle avec qui il va partager les 10 prochaines années.

    • Juin 1994

      Bruno se marie avec celle qui partage son combat depuis 8 ans.

    • Octobre 1994

      Naissance de leur fils

    • Novembre 1998

      Rejet du pourvoi en cassation.

    • Décembre 1999

      Rejet du pourvoi en cassation.

    • Mars 2002

      Rejet de requête devant la cour européenne des droits de l'Homme pour motif de forme.

    • Décembre 2006

      Rejet de la 1ère requête en révision

    • Décembre 2007

      Rejet de la 2ème requête en révision.